nature morte en orange
Un papa et son petit a Don Khone
Pates de sable a Don Khone
Paysan a Don Khone
porteuse d
Moines en pirogue
Femme avec Kramat dans le Ratanakiri
Village kroeng dans le Ratanakiri
Chef du village dans le Ratanakiri
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Cambodge
Les pieds dans l'eau, les yeux au ciel
poste le : 18/11/2006 a 16h55

Au beau milieu du Mekong, les petites vendeuses aux chapeaux pointus s'affairent autour des passagers pour remplir leurs estomacs de beignets, soupes de nouilles (phoe), grillons et petits oiseaux grilles ou poissons seches. Nous sommes parmi eux, assis sur des sacs de riz a l'arriere d'un tuk-tuk, lui meme pose sur le bac qui traverse le fleuve. Nous sommes en route vers les 4000 iles qui resistent vaillamment aux flots impetueux du Mekong avant leur passage en terre Cambodgienne.

Nous faisons etape a Don Khong, la plus grande de ces iles, juste le temps de nous plonger dans la lecture de magazines, de vider quelques godets de Lao Lao et d'enfourcher la petite reine pour un tour de l'ile. Puis nous partons rapidement vers Don Khone, plus rustique, pour nous echouer dans une paillote sous les cocotiers, les pieds dans l'eau et la tete dans les nuages. Au royaume des gens tranquilles, les "insulaires" de Don Khone sont les rois. C'est ici la capitale mondiale de la douceur de vivre. Nous parvenons tout de meme a nous extirper du hamac pour quelques promenades sur de vieux velos aus selles epaisses. Il le faut bien, car il n'y a que des pistes cahotiques et un vieux chemin de fer francais dont les rails se retrouvent eparpillees sur l'ile pour y remplir les fonctions les plus diverses.

Nous sommes a Don Khone les spectateurs chanceux du theatre agreste qui se joue chaque jour sous notre nez. Les chapeaux en bambous (c'est super doux) ou en plastique (c'est fantastique), emergent de-ci de-la des rizieres : c'est le temps des moissons. Sous les maisons sur pilotis les gerbes s'entassent, les egraineuses a pedale ronronnent et le riz s'amoncelle. Sur la rive, au soleil couchant le ballet des buffles commence, emmene par des enfants, ils viennent prendre un petit bain rafraichissant avant de ceder la place aux habitants munis de savonnette et brosses a dents pour la toilette du soir. Au crepuscule, en ombre chinoise, on voit passer les bateaux des pecheurs qui viennent relever leurs lignes et leurs filets sur les eaux ou viennent expirer les derniers rayons du soleil.

Tout cela sent la melancolie a pleine narines et a des relents de solitude. Depuis le Sichuan et les marches tibetaines peu de rencontres avec d'autres voyageurs et nous avons besoin d'echange. Juste quand nous commencions a desesperer, la providence a mis sur notre chemin Michel et Regine, grands barroudeurs avec qui nous passons une soiree tres agreable a papoter sur la Chine en degustant un excellent poisson que nous avons eu la mauvaise idee de commander tous les 4. Ne nous plaignons pas car si nous avions ete 8, ce n'etait pas un quart de poisson mais moitie moins que nous aurions eu a nous mettre sous la dent. C'est donc l'esprit rassasie que nous partons nous coucher, le ventre creux.

Comme un bonheur ne vient jamais seul, le lendemain, encore tout plein de sommeil, les yeux a moitie ouverts, a la recherche desesperee d'un peu de cafeine, nous sommes happes par l'energie debordante de Herve et Pascaline qui nous embarquent voir les big waterfalls du Mekong. Tous les deux sillonnent la planete chaque vacances depuis 25 ans et particulierement en Asie du Sud Est. Nous resterons une bonne semaine avec eux et ils ne seront jamais a court d'histoire incroyables et anecdotes savoureuses. Le lendemain, nous embarquons ensemble avec une vingtaine d'autres touristes, tasses commes des grains de riz collant dans des minibus exigus, en piste pour le cirque du passage de frontiere. Nous quittons sans encombre le Laos mais pour l'entree au Cambodge, c'est une autre histoire. Tous les autres touristes payent sans broncher le bakchich de 1 a 2 dollars (a la tete du client) demande, certains glissent le billet dans le passeport, pour les autres c'est de mano a mano! Tous ? Non, 4 petits gaulois, resistent a la corruption vaille que vaille. "Pas de papier officiel ? Pas d'argent." Nos passeports sont mis de cote, on fait passer tous les gentils payeurs avant... puis on nous tends en dernier les notres, sourire compris. La corruption ronge ce pays, il appartient a chacun d'eviter de la cautionner.

En terre Cambodgienne nous sommes frappes par la deforestation due aux pratiques de culture sur brulis. Nous rejoignons directement le Ratanakiri en taxi. Apres d'apres negociations, car nous voulons le taxi collectif pour nous 4 alors qu'ici un taxi (voiture normale) c'est 6 passagers plus le conducteur, nous partons. Sur la route, nous verrons jusqu'a 4 personnes + 2 enfants rien que devant... Mais pour 4 europeens dont 2 gaillards de plus d'1m86, non. Sur la route, notre chauffeur garde une vitesse constance de 70 km/h sur la piste poussiereuse malgre les trous d'elephants. Quelques jolis vols planes dans l'habitacle avec fracassage du crane sur le toit en prime. Finalement, on se dit que ce n'etait pas trop cher paye pour 4 suspensions et un essieu a changer tres prochainement.

Banlun est la capitale de la province reculee du Ratanakiri, ici ce n'est pas la pollution mais la poussiere qui recouvre la ville d'un epais nuage rouge. Pas d'internet, pas de telephone, mais pourtant pas mal de touristes en quete "d'aventures". Nous choisissons le 4x4 (comme on est 4) avec un guide qui se met en 4 pour nous expliquer la vie des villages des ethnies Kroeng et Jarai.

Les villages sont quasi-deserts car les adultes sont aux champs. Il ne reste que quelques enfants et vieillards. Nous laissons quelques comprimes d'aspirine, si peu de chose, pour assister les esprits largement sollicites pour apaiser et guerir les malades. Ici les medecins ne viennent pas et les villages n'ont plus qu'a construire des autels en feuilles de bananiers et sacrifier des petits cochons (voire de gros bufles) selon les conseils de la doyenne du village, bombardee rebouteuse en chef. On a le sourire tout de meme, en voyant les cahuttes rikikies des enfants qui des 12, 13 ans prennnent de l'independance en fuyant le foyer familial pour s'installer juste en face, pas de de Tanguy ici! Nous retrouvons un groupe de villageois en train de festoyer et faire des offrandes avant la recolte du lendemain. Ils nous offrent du vin de riz a boire a la paille dans des jarres en terre cuite. Puis nous rejoignons en bateau un village plus eloigne encore. La, nous accueille le chef, coiffe de son krama rouge et blanc. Il nous presente ses deux cercueils. La coutume veut qu'on taille soi meme dans un tronc son cercueil avant de mourir (c'est plus difficile apres). Si celui-ci en a deux, ce n'est pas parce qu'on ne vit que deux fois mais parcequ'il n'a pas le compas dans l'oeil et a vu trop juste pour le premier. C'etait un peu juste pour les epaules! Le cimetiere est un jardin tropical fleuri de statues en bois representant les defunts (tre)passes et a venir. Ici la mort est dans n'importe quelle circonstances une occasion pour faire la fete.

On plante un bananier sur la tombe du defunt, s'il pousse bien, c'est qu'il est heureux sinon... on en replante un autre.

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